Je pense que les signes répétés de proximité que le Saint-Père a donné aux fidèles liés à la
Tradition témoignent largement de l'affection de Sa Sainteté pour cette portion du Peuple de
Dieu que l’on ne peut absolument pas négliger ni encore moins ignorer; ces fidèles, en pleine
communion avec le Siège Apostolique, s'efforcent, même si c’est à travers de nombreuses
difficultés, de maintenir vivantes la ferveur de la foi catholique et la dévotion, à travers
l'expression d'un attachement particulier aux formes liturgiques et dévotionnelles de l'ancienne
Tradition, dans lesquelles ils se reconnaissent davantage.
Il me semble en effet que l'adhésion de ces fidèles à l'ancien Rite veut exprimer légitimement
une perception religieuse, liturgique et spirituelle, particulièrement liée à la Tradition ancienne :
quand cela est vécu en communion avec l'Eglise, c’est un enrichissement.
Je n'aime pas, en effet, les conceptions qui veulent réduire le « phénomène » traditionaliste à la
seule célébration du Rite ancien, comme s'il s'agissait d'un attachement nostalgique et obstiné
au passé. Cela ne correspond pas à la réalité qui se vit à l'intérieur de ce vaste groupe de
fidèles. En réalité, nous sommes ici souvent en présence d’une vision chrétienne de la vie de foi et de dévotion – partagée par beaucoup de familles catholiques, souvent riches de nombreux enfants – qui possède ses propres particularités ; cette vision comporte par exemple un fort sens d'appartenance au Corps mystique du Christ, un désir de maintenir solidement les liens avec le passé – que l’on veut considérer non en opposition au présent, mais dans la continuité de l'Eglise – pour conserver les plus forts points d’ancrage du christianisme, un désir profond de spiritualité et de sacralité, etc. L'amour pour le Seigneur et pour l'Eglise trouve ainsi, à
l'intérieur de la vision chrétienne caractéristique de ces fidèles, son expression la plus haute
dans l'adhésion aux anciennes formes liturgiques et dévotionnelles qui ont accompagné l'Eglise
tout au long de son histoire.
Il est intéressant ensuite de remarquer comment on trouve au sein de cette réalité de nombreux jeunes, nés après le Concile Oecuménique Vatican II. Ils manifestent, je dirais, comme une "sympathie du coeur" pour une forme de célébration, et aussi de catéchèse, qui selon leur "perception" laisse une large place au climat de sacralité et de spiritualité qui justement conquiert aussi les jeunes d'aujourd'hui : on ne peut certainement pas les définir comme des "nostalgiques" ou un vestige du passé. Je voudrais rappeler, en outre, que ce vénérable Rite a formé pendant des siècles de nombreux saints, et il a modelé le visage de l'Eglise qui reconnaît encore aujourd'hui ses mérites, et l'indult Ecclesia Dei de Jean-Paul II en est la preuve.
Dans l'Eglise il y a une telle variété de dons mis à la disposition de consciences et de
sensibilités différentes, avec leurs spécificités, qui trouvent leur place justement dans cette
richesse abondante de la catholicité. On ne peut pas refuser qu’au sein d’une telle variété de
dons et de sensibilités les fidèles dits "traditionalistes" soient aussi présents ; et il ne faut pas
les traiter comme des "fidèles de seconde zone", mais il faut protéger leur droit de pouvoir
exprimer la foi et la piété selon une sensibilité particulière, que le Saint-Père reconnaît comme
tout à fait légitime. Il ne s'agit donc pas d'opposer deux sensibilités différentes comme si elles
étaient antagonistes : celle qu’on dirait "traditionnelle" et celle qu’on appellerait "moderne"; il
s'agit, par contre, de la liberté de confesser la même foi catholique, avec des insistances et des expressions légitimement diverses, dans un plein respect fraternel et réciproque.
VOS AVIS!